Lili Murmure

Secrets, sensualité et promesses.

17 août 2007

Massages.

MODIGLIANI

Quand je l'ai vue se déshabiller ce jour là, j'ai été ému. Pourtant, je vois des femmes qui se déshabillent tous les jours, environ une dizaine. Je ne les vois même plus. Je vois les gens, je ne vois plus les corps. Je vois des carcasses asexuées présentant un dysfonctionnement. Je suis kiné. Depuis vingt ans l'année prochaine. Je manipule les corps comme un électricien manipule des fils, comme un boucher manipule de la viande. Et tous les jours, elles retirent leurs vêtements, machinalement, parce qu'elles savent que j'en ai "vu d'autres", alors elles font ça comme elles le font dans leurs salles de bains, tous les soirs. Puis ce n'est pas de la nudité qu'elles exposent, c'est un mal, une douleur et je suis le docteur, celui qui a la solution.

Puis ce mardi matin humide et gris, elle est arrivée. Je ne l'avais jamais vue. Elle m'avait été envoyée par un collègue pour un problème de sciatique. Je l'ai mise dans la petite pièce du bas, celle sans fenêtre, et je lui ai dit, comme à tout le monde, "déshabillez-vous, je reviens vous chercher". J'ai laissé la porte entre-baillée parce que ça faisait trois jours que l'ampoule était petée et que je n'avais pas pris le temps de la changer. Mon fixe a sonné et je suis allé décrocher. Je me souviens que c'était un client portugais qui venait me voir depuis des années pour son genou. Et je n'ai jamais rien compris à ce qu'il me racontait.

Puis curieusement, ce jour là, le téléphone collé à l'oreille, je me suis retourné vers la petite pièce sans fenêtre à la porte entrouverte. Elle était assise sur le petit banc au centre, dos à moi dans la pénombre. Elle a commencé à enlever soigneusement chacun de ses vêtements en les pliant à côté d'elle. Ces gestes découvraient au fur et à mesure des sous-vêtements sobres et une peau d'une blancheur lumineuse. Il y avait dans chacun de ses mouvements une telle pudeur que j'aurais aimé lui trouver vite une ampoule pour pouvoir refermer cette porte ouverte qui faisait de moi, soudainement, un voyeur. Parce que je ne pouvais pas la quitter des yeux. Et la voix de monsieur Da Silva ne me parvenait que par bribes toujours incompréhensibles. Alors qu'elle ne portait sur elle plus qu'une culotte blanche et que j'observais la bouche ouverte chaque ligne de son dos, sa tête a pivoté et ses yeux ont croisé les miens. J'ai posé le téléphone sans même prendre le temps de raccrocher. Il faut bien comprendre que ce n'est pas son corps qui m'a fait perdre tous mes moyens ce jour là. C'est elle. La personne et ses gestes emprunts de grâce et de gêne. Il fallait que je me reprenne, son regard était planté en moi, et nous étions tous deux terrifiés par cette situation que je connaissais pourtant au quotidien. Mais ce jour là, tout était si différent. J'étais juste un homme, bouleversé. Il a fallu que je m'approche d'elle. Mes yeux ont quitté son corps pour ne regarder que mes pieds s'avancer vers la petite salle. J'ai murmuré "suivez-moi". Et toujours les yeux sur mes godasses, je lui ai montré la table de massage dans la salle du fond. J'ai juste pu articuler "sur le ventre". Je n'ai pu m'empêcher de la regarder grimper, son bras gauche tentant de barrer sa poitrine. Son malaise emplissait la pièce. Tant de fois j'avais été confronté à la pudeur de jeunes femmes, et j'avais toujours su en faire fi de façon à banaliser le moment pour les mettre à l'aise. Ce jour là, tout était différent.

Je me suis approché de son corps allongé. Ses seins lourds écrasés par son poids sur la table, ses cuisses rondes, la trace du maillot sans doute plus large que sa culotte de coton blanc... Tout était émouvant, ce n'était pas un corps, c'était une histoire, un univers qui s'étalait sous mes yeux. Elle n'avait jusqu'alors prononcé aucun mot et je me suis dit que ce silence était sans doute pour beaucoup dans l'atmosphère pesante du moment. Alors que j'enduisais mes mains d'huile, je questionnai ma nouvelle patiente sur les raisons de sa venue, d'une voix qui se voulait pleine de certitude et de force.

Elle m'a expliqué ce faux mouvement, et cette douleur aiguë depuis. Sa voix était tendre et étouffée, hésitante et secrète, comme si j'étais en train de fouiller son intimité. Il a fallu que je pose mes mains sur sa peau. Ce contact d'ordinaire logique et facile a pris ce jour là des proportions extraordinaires. Au moment où mes mains se sont posées sur son dos, j'ai ressenti comme un arc électrique dans tout le corps. Essayant tant bien que mal de garder mon calme, j'ai commencé le traditionnel va-et-vient qui réchauffe et détend les muscles. La particularité cependant de la sciatique est que le massage s'attarde sur la bas du dos. J'ai essayé ce jour là de faire vite, bien et de penser à autre chose mais je sentais sous mes doigts quelque chose d'inhabituel. Ma patiente se détendait lentement alors que de mon côté, un désir qui n'avait jamais trouvé sa place en ces lieux était en train de naître. Je regardais mes mains glisser sur sa peau et je les imaginais trop volontiers s'égarer à la naissance de ses cheveux, sur les formes généreuses de ses seins, sous le coton de sa culotte. Une envie presque douloureuse s'empara de moi, à m'en tordre le bas-ventre. Des images du plus en plus fortes et bouleversantes m'aveuglaient. Il a fallu que je quitte la pièce, sans aucune explication. Je suis allé me réfugier dans le bureau voisin pour sortir de mon pantalon, dans l'urgence, l'objet de mon délit. Je me suis dit, stupidement, que me soulager me permettrait de continuer à travailler dans des conditions normales en faisant abstraction de ce que dégageait cette personne. Je commençai à me caresser, nerveusement, presque douloureusement quand ce que je n'aurais jamais imaginé se produisit. La porte bailla pour me laisser entrevoir le corps blanc et plein de ma patiente, toujours un bras devant sa poitrine. Ses yeux sont venus s'arrêter sur ma main, occupée à me soulager. Elle a baissé son bras, s'est avancée vers moi, laissant sa candeur dans le couloir, s'est agenouillée et a pris dans sa bouche mon érection phénoménale du jour. Elle m'a sucé comme on ne m'avait jamais sucé, avec une tendresse et une attention que je n'avais jamais connues.

La caresse de sa bouche chaude sur moi dura quelques minutes seulement, durant lesquelles mes yeux étaient rivés à ses lèvres, charnues, gourmandes et appliquées. Elle faisait ça comme si j'étais le seul, le premier, comme s'il y a avait entre nous quelque chose de très particulier, alors que nous nous connaissions depuis moins d'une heure. Soudain, elle se releva en restant tout contre moi. Elle me fixa dans les yeux et me dit qu'elle ne comprenait pas, qu'elle ne faisait jamais ça, que c'était si spécial. Mais elle n'avait pas besoin de mots, je sentais bien ce qu'il y avait entre nous, ça n'avait rien de commun. Elle fit glisser sa culotte le long de ses jambes et prit ma main dans la sienne, elle me guida au centre de son intimité, brûlante et humide. Ma queue était gonflée de désir contre son ventre nu. Elle posa ses fesses sur mon bureau encombré de paperasseries et écarta ses jambes. Elle me souriait maintenant, semblant avoir oublié toute timidité. Ma main toujours nichée entre ses jambes commença alors une caresse d'exploration : sentir sa douceur, sa chaleur, la voir ainsi ouverte à mes doigts me poussa en elle. Je la pris avec une douceur et un calme propres aux personnes qui s'aiment et se connaissent depuis longtemps. Elle plongeait ses yeux dans les miens et je pouvais y lire tout son plaisir et cette complicité naissante entre nous qui faisait de ce moment un instant magique, irréel et j'aurais tout fait pour l'arrêter. Je la pénétrais profondément, je me sentais ancré en elle, et il a fallu que je la serre dans mes bras, tout contre moi, pour savourer pleinement la jouissance exceptionnelle qui devait suivre. Le plaisir nous submergea tous les deux alors que la clochette de l'entrée annonçait l'arrivée de ma patiente suivante.

Ç'aurait pu s'achever sur cet instant, avec un plongeon brutal dans la réalité qui aurait cassé notre magie. Mais non, c'était plus fort que ça. Aujourd'hui, je vis avec elle, et je suis toujours aussi ému lorsque je la regarde se déshabiller.

Posté par Lili Murmure à 15:10 - Secrets et histoires. - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Belle histoire... vecue ?

Posté par limbo void, 18 août 2007 à 11:45

Et non, toujours pas,le réalisme de mes histoires vous laisse toujours croire qu'il s'agit de mes expériences... Mais non.

Posté par Lili Murmure, 18 août 2007 à 11:56

I can dream bis

Très belle histoire ou les deux aspects se melent, sensualité, violence du désir qui balaye tout, amour...Que ce soit celle -ci ou "le pouvoir des bas noirs"(que j'adore, toujours tu me régales. J'adore l'effet que tu me fais, toi qui veut si je le désire etre cette fille qui tangue et viens mouiller. Murmure encore dans le creux de mon oreille, Lili, c'est extra....
Alain.

Posté par Alain, 20 août 2007 à 10:05

je découvre ce blog, je suis d'entrée subjuguée par cette bannière, puis par le contenu...

Posté par vertfluo, 27 août 2007 à 14:42

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